Les bulgares dans leurs frontières historiques, ethnographiques et politiques. Atlas contenant 40 cartes.

Préface de D. RIZOFF

 

 

Préface

 

La grande guerre s'approche lentement et timidement vers sa fin. Lloyd George avait raison quand il disait: que cette guerre est la plus grande catastrophe humaine après le déluge. Pourtant, il y a peu de doute qu'elle peut aussi devenir le plus grand bienfait, que l'humanité ne connaisse, si elle réussit à mettre fin aux guerres, ou, au moins de donner à tous les peuples une paix de longue durée et qu'on pourrait difficilement troubler. Mais cela à une seule condition: que la guerre finisse avant qu'elle n'ait absorbé les forces vitales des combattants, épuisé leurs richesses nationales et compromis leur développement économique pour des longues années. En vain sont les menaces de quelques hommes d'Etat avec une nouvelle guerre prochaine — politique ou économique — après la fin de cette guerre désastreuse. Combattants et neutres, tous sont tellement las de la guerre, tous désirent tellement voir sa fin, tous sont tellement avides de goûter de nouveau les délices de la paix, qu'il serait incroyable et inadmissible de supposer la possibilité d'entraîner de sitôt un peuple quelconque à une nouvelle guerre de quelle nature qu'elle ne fût. La guerre qui sévit actuellement laissera des plaies si effrayantes dans la vie des peuples combattants, qu'il sera impossible de les guérir avec succès dans un court délai si déjà les premières années ne leur sont consacrés tous les efforts nationaux. Même comme réaction psychique inévitable, l'immense travail régénérateur qui attend les peuples combattants ne peut ne pas prendre le dessus sur leur activité pernicieuse et destructive. Avec cela, il ne faut pas oublier que celte guerre est un grand examen de maturité pour tous les combattants, qui y virent et apprirent leurs qualités et leurs défauts, leurs vertus et leurs vices, leurs droits et leurs illusions, et rien de plus naturel que la passion qui les prendra après la guerre — de corriger leurs défauts et vices, de cultiver leurs qualités et vertus, Je se remettre de leurs illusions et de consolider leurs droits. Il faut non moins s'attendre à voir comme un des plus importants résultats de cette guerre—pour parler avec Nietzsche — une „réappréciation de toutes les valeurs” y compris les valeurs éthiques, de sorte qu'il sera difficile à la haine humaine qui folâtre maintenant de continuer ses orgies. Il me semble même, que les sentiments anti-chrétiens de méchanceté, de rancune et de vengeance quitriomphent aujourd'hui, s'éteigneront bientôt après la guerre. Les souffrances communes de peuples combattants dans cette guerre, l'innocence des peuples mêmes dans son déclanche-ment, les malheurs que se causèrent les uns aux autres, la honte noble d'avoir montré des instincts si féroces, le con-

 

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lentement général enfin, qu'ils sont arrivés à la paix si longtemps convoîtée — tout cela ne peut ne pas rapprocher ces peuples et ne pas les faire regretter le passé. Et au dessus de tout cela viendra aussi la conscience d'avoir ruiné le précieux héritage de leurs ancêtres et d'avoir ds>vasté cette tnajesteuse Europe, qui est le plus grand laboratoire de la culture, de la civilisation et du progrès universels — un aveu, qui ne peut ne pas contribuer à la réconciliation complète de peuples combattants. Seulement, pour atteindre tous ces résultats, il est indispensable: de conclure une paix juste jusqu'aux limites possioles de l'équité humaine; une paix qui ne laisse à aucun peuple une supériorité autoritaire sur des autres peuples; une paix, qui, si elle ne satisfait pas tout le monde, n'est pour personne insupportable et honteuse.

 

Sur quelles bases peut et doit être édifiée une pareille paix?

 

La réponse à cette question aussi compliquée que délicate me mènerait loin de mon modeste problème. C'est aussi l'affaire de plus compétents que moi de donner cette réponse. En ma qualité de fils de cette Macédoine, qui est la cause involontaire de deux guerres balcaniques des années 1912 et 1913 et peut-être indirectement de la grande guerre actuelle, je me bornerai à faire voir seulement les bases sur lesquelles on peut et on doit édifier une telle paix pour la Presqu'île Balcanique. Mais pour eclaircir la question de la paix qui pourra pacifier à l'avenir la Presqu'île Balcanique, il est nécessaire de rappeler ici: les causes qui troublaient jusqu'à présent cette paix et les efforts faits dans le passé pour la garantir.

 

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Depuis de longues et nombreuses années la Presqu'île Balcanique est la source principale des discordes enire les Grandes Puissances européennes. Toutes les guerres, que la Russie fit à la Turquie depuis le XVIIIème siècle avaient pour théâtre et objet la Presqu'île Balcanique. L'animosité chronique entre l'Autriche-Hongrie et la Russie provient surtout des intérêts difficilement réconciliâmes de ces deux pays dans les Balcans. Même l'ancien antagonisme enire l'Angleterre et la Russie — provisoirement liquidé par la guerre actuelle — à été créé et nourri par l'aspiration de la Russie de conquérir Constantinople et les Dardanelles en mettant la Presqu'île Balcanique sous sa protection de fait. Après que les Etats balcaniques actuels furent appelés à une propre vie politique, les Balcans sont devenus une nouvelle arène de discordes entre ces pays. Tout particulièrement lorsque la Bulgarie fut libérée (en 1878) et, par suite d'une décision malheureuse du Congrès de Berlin, des provinces entières lui furent détachées et distribuées entre ses voisins: la Macédoine à la Turquie, la région de Niche à la Serbie et la Dobroudja à la Roumanie. Cette grande faute de la diplomatie européenne aiguisa jusqu'à l'intransigeance les discordes entre les Etats balcaniques. En donnant la Dobroudja à la Roumanie, celle-ci fut introduite dans la Presqu'île Balcanique, à laquelle elle n'a jamais appartenu et comme la Dobroudja était donnée à la Roumanie en échange de la Bessarabie qui lui avait été enlevée, la

 

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Roumanie succomba à la tentation — d'aspirer à des nouvelles conquêtes dans les Balcans. Presque la même chose arriva aussi avec la Serbie. En recevant la province bulgare de Niche, comme compensation militaire pour sa participation dans la guerre russo-turque de 1877-1878, la Serbie a eu l'appétit stimulé de s'étendre aussi dans la Macédoine bulgare. Quant à la Grèce elle ne vivait depuis longtemps qu'avec sa „grande idée” de ressusciter l'ancien Empire byzantin et de s'installer à Constantinople. Il va sans dire, que les Grandes Puissances rivalisant dans la Presqu'île Balcanique — principalement la Russie et l'Autriche-Hongrie — ne laissèrent pas passer l'occasion de profiter de tous ces appétits des Etats balcaniques pour aggraver les discordes entre eux. Immédiatement après la dite guerre, elles dirigèrent leurs efforts dans deux directions: d'un coté, elles concentrèrent les aspirations territoriales de la Serbie et de la Grèce en Macédoine, et de la Roumanie — dans le triangle Silistra-Roustchouc-Varna; et d'un autre côté, elles n'insistèrent pas devant la Turquie pour qu'elle introduise dans ses provinces européennes les réformes prévues par l'article 23 du Traité de Berlin — réformes, qui auraient pu mettre fin aux rivalités et aux discordes dans la Presqu'île Balcanique. L'impérialisme anglais et la „revanche” française de même ne laissèrent pas passer l'occasion de profiter de cette situation favorable aussi pour eux. C'est ainsi que les Grandes Puissances intéressées réussirent à faire de la Presqu'île Balcanique un foyer de désordres et de révoltes, où couvaient les guerres futures. Et depuis des dizaines d'années l'Europe vivait sous la terreur des Balcans, attendant tous les printemps l'éclat d'une révolte suivie d'une guerre qui pouvait facilement s'étendre sur toute l'Europe — comme il arriva en 1914. Il arriva même quelque chose de plus: la guerre s'étendit sur presque le monde entier.

 

Offensés et dépouillés dans le Congrès de Berlin les Bulgares virent à temps le danger qui menaçait, non seulement leur unité nationale, mais aussi leur existence politique. Et ils s'empressèrent de proclamer en Septembre 1885 l'union des deux Bulgaries séparées — la Bulgarie du Sud et celle du Nord — afin de pouvoir aussi mieux défendre leurs frontières envers la Roumanie et la Serbie et s'occuper plus sérieusement du sort de la Macédoine. Mais cette union si naturelle, qui n'indigna pas même la Turquie, dont les intérêts étaient en jeu, ne plut pas à la Serbie, et, au nom de „l'équilibre balcanique”, elle essaya de la faire échouer en attaquant la Bulgarie pendant la nuit du 1/13 Novembre m.a. Pour son malheur, elle fut vaincue en 13 jours et forcée de demander la paix. Cependant, les Bulgares ne s'enivrèrent pas de leur victoire sur la Serbie. Dans leur tendance continuelle de vivre en paix avec les autres peuples — particulièrement avec leurs voisins — ils conclurent avec la Serbie une paix „sans annexions et sans contributions”. Et bientôt après ils émirent le principe le plus juste et le plus pratique pour une entente sur la Macédoine entre les Etats balcaniques y intéressés. A savoir: l'autonomie de la Macédoine, garantie et réalisée sous

 

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la protection de toutes les Grandes Puissances. Mais la Serbie et la Grèce se déclarèrent contre l'autonomie. Elles firent cela parcequ'elles savaient, que la Macédoine est peuplée d'une majorité bulgare, qui, sous un régime autonome, pouvait facilement donner à toute la Macédoine une physionomie bulgare et ne ferait pas longtemps de l'unir à la Principauté de Bulgarie — comme c'était le cas avec la Bulgarie du Sud en 1885. Devant cette opposition des Serbes et Grecs contre une Macédoine autonome, les Bulgares macédoniens décidèrent de conquérir leur autonomie par la force des armes. A ce but, ils parsemèrent presque toute la Macédoine de comités révolutionnaires et commencèrent la lutte inégale avec la Turquie au moyen de bandes révolutionnaires. La Bulgarie même, qui voyait l'impossibilité de réaliser l'autonomie en Macédoine sans guerre et sans entente entre les Etats balcaniques y intéressés — du moins entre la Bulgarie et la Serbie — dirigea son activité dans ces deux directions. Tout en préparant l'armée bulgare pour une guerre éventuelle, la Bulgarie prit l'initiative d'une entente avec la Serbie sur la Macédoine. Le premier essai à cet effet, qui a eu lieu en 1897, ne put pas réussir parceque la Serbie ne voulait pas entendre parler d'autonomie en Macédoine et insistait sur son partage entre la Bulgarie et la Serbie. Naturellement, qu'aucun gouvernement bulgare à cette époque ne pouvait accéder à une telle solution à la Salomon de la question macédonienne et la Bulgarie préféra laisser toute la Macédoine dans les mains turques jusqu'à des temps plus favorables. Cet insuccès força les révolutionnaires macédoniens à hater leurs préparatifs pour une révolution, qui éclata dans le région de Bitolia (Monastir) en été 1903. La révolution dura environ un mois, et, comme on pouvait s'attendre, fut étouffée dans le sang et le feu: environ 200 villages bulgares furent incendiés complètement ou en partie; environ 5000 révolutionnaires tombèrent dans les combats et les prisons furent remplies de Bulgares soupçonnés comme révolutionnaires. Maigre tout cela, la révolution donna un résultat très important en apparence, mais très modeste en réalité: les Grandes Puissances se virent forcées d'imposer à la Turquie une action de réforme internationale en Macédoine. Mais instruite par l'expérience historique de n'attendre rien d'efficace d'une action européenne non soutenue par la force armée, la Bulgarie décida au printemps 1904 de faire un second essai pour s'entendre avec la Serbie. Cependant cet essai aussi ne réussit pas complètement, quoiqu'une alliance formelle fut conclue alors entre la Bulgarie et la Serbie. L'essai ne réussit pas par la même raison déjà connue: la Serbie ne consentait pas à l'autonomie de la Macédoine, où, pour s'exprimer plus précisément, consentait à une autonomie mutilée, en insistant que l'arrondissement d'Uskub soit reconnu comme faisant partie de la „Vieille Serbie” et non de la Macédoine — une hérésie géographique d'une portée politique très grave. Heureusement, bientôt après, éclata la révolution jeune-turque de 1908, qui, dans ses premiers mois encore liquida l'action de réforme européenne en Macédoine. Un peu plus tard,

  

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les jeunes turcs inaugurèrent une politique ultra-nationaliste et panmusulmane, qui avait pour but: de changer le caractère ethnographique de la Macédoine, en la purifiant de son élément le plus dangereux que formaient les intellectuels bulgares et en transformant la majorité bulgare en minorité au moyen d'une émigration forcée, de façon que toute guerre pour sa libération deviendrait injustifiable et sans objet. Devant ce péril imminent de perdre toute la Macédoine, le gouvernement bulgare décida en 1911 de taire un nouvel essai (le troisième) d'une entente avec la Serbie. Après des longs pourparlers, l'alliance fut conclue et eut comme résultat la première guerre balcanique en 1912. Aussitôt après la conclusion de cette alliance, la Bulgarie prit l'initiative de conclure des entenies avec la Grèce et le Monténégro, par la force desquelles ces deux Etats prirent aussi part à la même guerre. Le reste est bien connu de tous, étant donné que les événements sont encore frais à la mémoire de chacun. Le résultat final de toutes ces alliances et ententes fut la seconde guerre tragique des Balcans en 1913 qui se termina par le Traité de Bucarest et le dépouillement de la Bulgarie.

 

De cette histoire instructive, racontée ici dans ses épisodes principals, je crois qu'on peut déduire les thèses et conclusions suivantes:

 

Que la Presqu'île Balcanique a été depuis de longues et nombreuses années le loyer principal, d'où jaillissaient les étincelles qui ont mis le feu à la plupart des guerres en Europe, étincelles qui alumèrent aussi la grande guerre actuelle. Il s'ensuit que sa pacification est indispensable pour assurer la paix en Europe.

 

Que la Presqu'île Balcanique a pu devenir un pareil foyer parcequ'elle n'était pas cristallisée au point de vue national, politique et économique. La Turquie à laquelle elle a appartenue presque cinq siècles, ne la dominait que par sa force militaire ; et après la libération de la Serbie, de la Grèce et de la Bulgarie, une grande partie du territoire de la Presqu'île Balcanique resta dans les mains turques et devint l'objet de convoitise de la part des Etats balcaniques et de rivalité entre les Grandes Puissances.

 

Que tous les essais de pacification des Balcans pendant les dernières 40 années n'ont été faits que de la part de Bulgarie — l'unique Etat balcanique qui tendait à une entente avec ses voisins (de préférence avec la Serbie) et qui fit trois essais formels pour réaliser une telle entente.

 

Que pour atteindre ce but, la Bulgarie était prête à renoncer même à son union avec la Macédoine, en proposant d'en faire un Etat autonome, qui servirait de trait-d'union entre les Etats balcaniques, et, comme unité politique indépendante, entrerait dans une future contédération balcanique.

 

Que pour ce même but, la Bulgarie en 1912 se décida au sacrifice suprême: à se laisser arracher un morceau de la chair vivante de son propre organisme national, en consentant de céder à la Serbie une partie de territoire bulgare dans la Macédoine du nord.

 

Que toujours pour le même but, la Bulgarie ne souleva jamais la question de ses territoires dans la Dobroudja et

 

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dans la région de Niche, territoires qui, comme il a été déjà dit, furent annexés par la Roumanie et la Serbie comme compensation militaire pour leur participation dans la guerre russo-turque en 1878.

 

Que la Bulgarie n'a jamais aspiré qu'à des territoires qui lui ont appartenu dans le passé, avec lesquels elle a partagé le joug turc pendant des siècles et qui ont été reconnus comme bulgares par tous les explorateurs éminents de la Turquie d'Europe, par la Turquie elle - même et par les Grandes Puissances dans leur Conférence de Constantinople en 1876/77.

 

Et enfin, que la légende d'une tendance quelconque de la Bulgarie d'imposer sa Hegemonie sur la Presqu'île Balcanique — légende inventée par des Grecs et Serbes en 1913 — est une calomnie des plus intenables et des plus perfides, qui ont été lancées contre un peuple.

 

Quand on sait tout ce qui précède, il n'est pas trop difficile de répondre à la question: sur quelles bases on peut et on doit édifier une paix de longue durée dans la Presqu'île Balcanique? Je risquerai de répondre à cette question, en émettant mon opinion personnelle, qui n'engage personne. Je tenterai cet essai, si non avec pleine impassibilité, du moins avec une impartialité humainement possible.

 

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Ainsi: la pacification de la Presqu'île Balcanique n'est possible qu'à condition d'une cristallisation nationale, politique et économique des Etats Balcaniques. Une pareille cristallisation ne se fera que si tous ces Etats entrent dans leurs frontières définitives. La démarcation de ces frontières doit être tracée sur les principes fondamentaux suivants: les frontières doivent être, autant qu'il est possible, des frontières naturelles; elles doivent contenir leurs peuples respectifs dans leur formation nationale, garantir leur indépendance économique, répondre à leurs traditions historiques et ne pas contredire au droit de toute nation de disposer de soi-même. Il va sans dire, que ces principes fondamentaux pour la démarcation des frontières futures des Etats balcaniques ne peuvent pas être appliqués d'une façon mathématique, de sorte que .maints correctifs et compromis s'imposeront en s'écartant peut-être un peu de ces principes mêmes. Mais il ne faut pas oublier que des frontières idéales sont impossibles pour les peuples du continent, comme il est impossible de ne pas tenir compte aussi de résultats militaires de la guerre actuelle.

 

Une cristallisation de la Presqu'île Balcanique, obtenue sur les bases ci-dessus indiquées doit donner aux Etats balcaniques les frontières politiques suivantes:

 

La Turquie devra garder en Europe sa frontière actuelle avec la Bulgarie, indiquée par la „Convention rectificative turco-bulgare du 24 Août — 6 September 1915”. (Voir: la 40me carte de cet atlas.) La nécessité économique pour ces deux Stats de faire de la Mantza un fleuve navigable, exigera peut-être une petite rectification de cette frontière; mais cette question est de nature purement interne à régler entre la Turquie et la Bulgarie et sera résolue très facilement par ces Etats mêmes.

 

La Roumanie devra renoncer, définitivement et irrévocablement, tant à la vieille Dobroudja, dont on lui avait fait

 

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grâce en 1878, qu'à la nouvelle Dobroudja, ravie par elle en 1913, et se retirer dans ses anciennes frontières au delà du Danube. Il faut que cela se réalise: non seulement parceque la Dobroudja est le berceau du peuple bulgare et fit partie de la Bulgarie pendant 12 siècles consécutifs; non seulement parceque la Roumanie elle même a reconnu en 1878 la Dobroudja comme territoire bulgare et exprima son mécontentement lorsque la Russie lui arracha la Bessarabie en échange; et non seulement parceque toute la Dobroudja est déjà enlevée à la Roumanie par la force des armes; — mais, aussi, parceque la Roumanie n'a jamais appartenu à la Presqu'île Balcanique et ne doit plus en faire partie, si l'on veut avoir la paix entre elle et la Bulgarie et si on veut maintenir la paix aux Balcans. La Roumanie doit abandonner la Dobroudja pour une autre raison encore: que l'embouchure d'un fleuve si international comme le Danube ne doit pas se trouver entre les mains d'un seul Etat.

 

En enlevant toute la Dobroudja à la Roumanie, celle-ci ne sera nullement privée de la mer, vu que ses villes de Qalatz et de Braila au bord du Danube ont été toujours aussi des ports de mer. En ce qui concerne l'industrie du pétrole en Roumanie, dont l'exportation est dirigée vers le port de Constance dans la Dobroudja, elle pourra être garantie par une convention roumano-bulgare, qui accorderait à la Roumanie encore des avantages économiques sur la ligne de chemins de fer Tcherna Voda-Constance. La Bulgarie sera même prête de faire à la Roumanie les mêmes concessions économiques à Constance, que la Grèce fit à la Serbie à Salonique.

 

La Bulgarie devra réunir tous ses territoires qui lui furent enlevés par la force en 1878 et partagés entre ses voisins: la Macédoine, la Dobroudja et la région de Niche. La Bulgarie a sur ces territoires des droits nationaux, moraux, historiques et géographiques — des droits reconnus par les anciens maîtres de ces territoires, par presque tous les célèbres géographes et explorateurs des Balcans et par toutes les Grandes Puissances. Il est vrai que la Roumanie et la Serbie ont réussi pendant les 40 ans de leur domination dans la Dobroudja et dans le région de Niche de donner à ces provinces — par la force même de leur pouvoir — leur cachet national. Mais il est non moins vrai, que les droits bulgares sont tellement immuables et incontestables qu'on peut les défendre tant par la formule française de la „désannexion”, proclamée par le ministre-président Ribot, que par la formule allemande de la „réannexion”, émise par le professeur et économiste Adolphe Wagner.

 

A part cela, la Bulgarie doit réunir aussi tout le bassin du Timok, qui fut cédé par la Turquie à la Serbie en 1833, étant pays bulgare et qui, avant cette date, n'est jamais entré ni dans les frontières historiques, ni dans lesfrontières politiques, ni dans les frontières ecclésiastiques de la Serbie. La Bulgarie doit dominer ce bassin, non seulement parcequ'ii était bulgare dans le passé et maintenant est reconquis par les armes, mais surtout parcequ'elle en a un besoin économique impératif pour arriver en contact territorial avec la Hongrie. Sans cela, vu la haine

  

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implacable de la Serbie et de le Roumanie envers tout ce qui est bulgare, les relations commerciales entre la Bulgarie et l'Europe occidentale seront boycoiées tacitement par elles — ce qui compromettra l'indépendance économique de la Bulgarie. Ce contact territorial avec la Hongrie est une question aussi vitale pour la Bulgarie que l'issue sur la mer pour la Serbie.

 

A peine est-il nécessaire de démontrer que la Bulgarie doit réunir aussi ceite Macédoine que même ses ennemis reconnurent dans le passé comme territoire bulgare. Quant à la capitale de la Macédoine, Salonique, son unique port de mer, elle doit ou bien être neutralisée comme ville libre ou bien devenir un condominium de la Grèce et de la Bulgarie comme c'était le cas entre les deux guerres balcaniques de 1912—1913. Autrement, tout le Hinterland macédonien restera sans port de mer — une situation inadmissible et pleine de dangers pour la paix de Balcans.

 

La Serbie doit être restituée dans les frontières qui lui resteront (api es avoir rendu à la Bulgarie les territoires qui lui furent enlevés dans le passé) en réunissant tout le Monténégro (sans le Mont de Lovtschen) et toute l'Albanie nord-est c.-à-d. taMétochie et le champ de Kossovo, célèbre dans l'histoire serbe et par sa fertilité. Ue cette façon la Serbie verra réalisé son rêve — l'issue indispensable sur la mer dans l'Adriatique, qui est son issue naturel et disposera de deux ports de mer, Antivari et Dulcigno, ce dernier étant encore une plage superbe. L'issue de la Serbie sur l'Adriatique, dont le Hinterland moyen a été toujours peuplé par la race serbe, garantira l'indépendance économique du peuple serbe et l'écartera de ses aspirations panserbes si dangereuses pour la paix des Balcans. Mais cette paix ne peut être entièrement garantie qu'à une condition „sine qua non”: que la Serbie renonce une fois pour toujours à la Macédoine.

 

Le Monténégro doit se réunir, comme il a été déjà dit, à la Serbie: parceque c'est un pays purement serbe; parceque tout le peuple monténégrin désire ardement cette union avec'la Serbie; parceque le Monténégro manque des conditions nécessaires pour un Etat moderne indépendant; et parceque, depuis quelques années, les Monténégrins nourrissent une telle haine organique contre leur dynastie, que si leur union avec la Serbie ne se réalise pas, ils préféreraient même l'Autriche à un Monténégro indépendant sous la dynastie du roi Nikita.

 

L'Albanie a droit à une existence politique indépendante comme tous les autres pays balcaniques. Mais l'expérience avec son indépendance en 1913—1915 démontra qu'elle ne dispose pas des conditions indispensables d'un Etat politique libre. Sa vitalité politique diminuera encore en cédant la Métochie et le champ de Kossovo à la Serbie — sans quoi l'union de la Serbie au Monténégro est physiquement impossible. L'Albanie aurait pu encore mener une existence autonome sous le protectorat d'une des Grandes Puissances de l'Adriatique, l'Autriche ou l'Italie; mais dans ce cas elle deviendrait une colonie, et ce qui est pire encore, elle constituerait un nouveau foyer de rivalités et discordes dans la Presqu'île Balcanique. Voilà pourquoi, malgré toutes

  

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les sympathies qu'on doit avoir pour l'indépendance politique de ce peuple original, composé de deux races différentes (les „Tosques” et les „Gheghes”) et appartenant à trois confessions mahométane, catholique et orthodoxe), je pense qu'il sera préférable pour les Albanais euxmêmes, ainsi que pour la pacification des Balcans, que l'Albanie fasse partie des Etats balcaniques voisins — bien entendu, en garantissant, par acte international, la liberté religieuse, nationale et culturelle du peuple albanais. S'il venait d'être adoptée une pareille solution sur l'Albanie, toute la tribu albanaise des „Tosques”, qui habite l'Epire septentrionale et l'Albanie méridionale jusqu'au fleuve de Chkoumbi, c.-à-d. y compris Valona, devra faire partie de la Grèce, vu qu'elle se trouve sous l'influence de laculturegrecque. Quant au reste de l'Albanie, la paitie septentrionale y compris Durazzo devra être cédée à la Serbie, tandis que dans l'Albanie moyenne pourra être concédé un corridore à la Bulgarie pour la construction d'une ligne ferrée ouvrant l'Adriatique à la Macédoine nord-ouest.

 

La Grèce, si largement agrandie par l'Epire septentrional et par l'Albanie méridionale, devra restituer à la Bulgarie les territoires qu'elle lui enleva en 1913 et que Vénizelos lui-même avait consenti de céder à la Bulgarie avant la seconde guerre balcanique. (L'ancien correspondant balcanique du „Times”, M. Bourchier, qui fut l'intermédiaire discret entre ie gouvernement bulgare et Vénizelos pour la conclusion de l'alliance entre la Bulgarie et la Grèce en 1912, connaît bien les frontières que son ami intime Vénizelos proposait alors à la Bulgarie contre la cession de Salonique à la Grèce.)

 

Lorsque les frontières des Etats balcaniques ci-dessus indiquées se cristalliseront par un congrès international et que le grand principe numanitaire de l'arbitrage international leurseraimposé, il ne pourra exister plus aucun doute sur la pacification de la Presqu'île Balcanique.

 

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La plus grande partie des socialistes européens, dans leur tendance humanitaire et idéaliste de mettre fin à la grande guerre, recommande le plébiscite comme le moyen le plus juste et le plus démocratique, pour résoudre les différends sur les territoires qui ont été annexes dans le passé ou bien doivent être annexés à la fin de la guerre actuelle. En principe, l'équité et le démocratisme de ce moyen est hors de discussion. Pourtant l'application de ce principe dans les circonstances actuelles à peine donnerait-elle les résultats sincères et justes qu'on attend d'un pléoiscite.

 

Prenons par exemple la Presqu'île Balcanique.

 

La Dobroudja, cédée à la Roumanie en 1878, est le pays où a été fondé en 679 le premier Royaume du Bulgarie. Depuis cette époque jusqu'en 1878 la Dooroudja entrait toujours dans les frontières de la race bulgare — même lorsque la Bulgarie était dominée par Byzance et la Turquie. Lors de son annexion à la Roumanie en 1878, la Dobroudja était habitée par quelques peuples, à la tête desquels se trouvaient les Bulgares. Un plébiscite à cette époque là aurait constaté dans la Dobroudja une majorité

  

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bulgare, forte dans sa conscience nationale et d'une plus haute culture que tous les autres peuples de cette province. La Turquie même avait avoué ce fait en 1870 en reconnaissant comme bulgare l'éparchie de Toultcha — l'unique éparchie dans la Dobroudja. Et la même chose fut reconnue par des Roumains, bons connaisseurs de la Dobroudja, telsque: Cogalniceanu,Roman, Luca Jonescu, Grigori Danescu, Alexandre Sturdza, Nacian etc., dont les ouvrages, figurent dans notre Bibliographie. il y a de plus. Presque toute la presse roumaine de cette époque se prononça contre l'annexion de la Dobroudja, et même 46 députés roumains déclarèrent publiquement alors, que „la Roumanie n'a aucun intérêt d'annexer un territoire au-delà du Danube, ce qui serait la cause de futures complications et troubles”. Tandis que les anciens ministres-présidents en Roumanie, feu D. Sturdza et M. Pierre Carp qui est encore en vie, protestèrent éloquemment au Senat contre l'annexion de la Dobroudja. Jusqu'à quel point la Dobroudja en 1878 était considérée comme pays bulgare, en dit le fait significatif: que la proclamation pariaquelle le feu roi Carol annonça aux habitants de la Dobroudja, qu'ils devenaient désormais des sujets roumains, était écrite dans la langue officielle — le roumain et dans la langue du pays — le bulgare. Mais après l'annexion de la Dobroudja, le gouvernement roumain employa les trois moyens suivants pour changer sa physiognomie etnographique: il abolit l'autonomie scolaire et ecclésiastique des Bulgares dans la Dobroudja; il força des milliers d'indigènes bulgares, qui formaient l'élément intellectuel du pays, d'émigrer en Bulgarie et fit immigrer dans la Dobroudja plus de cent mille Roumains de la Roumanie même. Par ce moyen original, la majorité bulgare du pays fut réduite à la minorité et Sa place fut occupée par une majorité roumaine, créée artificiellement. Il me semble que même le socialiste le plus doctrinaire reconnaîtra, que par des procédés si arbitraires la physionomie ethnographique de chaque pays peut être modifiée; mais cela ne démontre encore nullement le véritable état national du pays.

 

Presque de la même façon procéda aussi la Serbie dans le bassin du Timok et dans la région de Niche, avec cette seule différence, qu'elle n'avait pas besoin d'immigrer des Serbes de la Serbie même, considérant que les Bulgares dans ces régions, comme des slaves, s'assimileront facilement aux Serbes après une génération passée par les écoles serbes. Et c'est ainsi qu'à présent nous sommes les témoins de faits paradoxaux: le ministre-président serbe actuel Nicola Pachitch est un Bulgare serbisé, né dans la petite ville de Zaïtchar, tandis que le commandant en chef actuel des armées serbes, le généralissime Michitch est de même un Bulgare serbisé, né dans le village de Veliki-Isvor près de Zaïtchar.

 

Ce qui fit la Roumanie dans la Dobroudja répéta textuellement la Grèce dans les territoires macédoniens conquis par elle en 1913 en y immigrant les Grecs qui s'étaient enfuis de la région d'Andrinople et de Thrace bulgare et en forçant des milliers d'indigènes bulgares d'émigrer en Bulgarie.

 

Les Serbes avaient appliqué dans la

 

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Macédoine enlevée par eux en 1913 leurs anciennes méthodes pour dénationaliser les Bulgares indigènes. Cependant le temps était trop court pour que ces méthodes donnassent tous les résultats voulus.

 

De sorte que l'état ethnographique de la Presqu'île Balcanique subit des modifications considérables pendant les années qui suivirent la guerre russo-turque de 1877-1878, ainsi que pendant les deux guerres balcaniques en 1912-1913.

 

Est-ce qu'un plébiscite fait aujourd'hui dans ces pays sous des conditions pareilles sera juste?

 

Je suppose qu'aucun socialiste consciencieux et. impartial ne peut donner à cette question qu'une réponse négative.

 

Mais il y a quelque chose de plus.

 

Quelles garanties qu'on puisse prendre pour la sincérité d'un plébiscite, les Etats qui occupent actuellement les territoires contestés ne peuvent ne pas influencer d'une façon suggestive les résultats du plébiscite. Et ce qui influencera le plus ces résultats sera la supposition: qui deviendra le maître des territoires contestés après le plébiscite? Naturellement, cette supposition sera au profit des Etats occupant maintenant ces territoires. Est-ce qu'un tel plébiscite peut être sincère et représenter la véritable volonté des peuples votants sur leur propre destinée?

 

Sans doute que non.

 

Alors, qui a besoin de ce plébiscite vicié dans son germe et suspect dans ses résultats?

 

De tous les Etats combattant aujourd' hui qui veulent faire des „désannexions” et des „réannexions”, la Bulgarie est peut-être l'unique Etat qui n'a pas peur d'un plébiscite; mais, je le répète, le plébiscite serait justifié seulement s'il était sincère — comme l'était le plébiscite, fait en Macédoine dans la septième décade du siècle passé, qui prouva le caractère bulgare de ce pays. Plus loin (p. 55) les lecteurs verront que ce plébiscite fut fait sous des garanties qui ne laissaient aucun doute dans sa sincérité. Ainsi: il a été fait par la Turquie — une autorité neutre dans la discussion — et sous le contrôle du Patriarchat grec, qui contestait l'existence d'une majorité bulgare en Macédoine, désirant reconnaître l'Exarchat bulgare. Et le résultat incontesté fut frappant: 2/3 de la population chrétienne de la Macédoine se prononça pour l'Exarchat, c.-à.-d. déclara ouvertement qu'elle est bulgare et qu'elle ne veut plus reconnaître l'autorité du Patriarchat grec.

 

Un autre moyen pour aplanir spécialement le litige sur la Macédoine, proposé par quelques socialistes est encore moins actuel et promet encore moins de succès. Ces socialistes reviennent aujourd'hui sur l'ancienne formule bulgare de l'autonomie de la Macédoine, en oubliant que c'est précisément à cause de l'impossibilité de réaliser cette autonomie qu'éclatèrent les deux guerres balcaniques en 1912-1913, qui amenèrent la guerre actuelle. Le retour à l'autonomie de la Macédoine signifierait la création à nouveau de foyer de discordes entre les pays balcaniques et des rivalités entre les Grandes Puissances. Peut-il exister un plus grand péril pour la paix future dans la Presqu'île Balcanique?

 

Dernièrement, le Soviet russe des ouvriers et soldats proposa dans sa résolution bien connue pour une paix de con-

  

XV

  

 

ciliation: d'introduire l'autonomie dans la Dobroudja, en Macédoine et dans les autres pays balcaniques contestés, après quoi un plébiscite devra décider de leur sort définitif. Cette proposition est si peu conforme au but et si peu réalisable, qu'on est incliné à croire que le Soviet russe l'a fait rien que par acquit de conscience envers ses malheureux alliés la Roumanie et la Serbie. Car, si l'on acceptait cette proposition, aucune paix ne serait plus possible aux Balcans. Et ce qui est l'essentiel, cette paix sera troublée avant que l'autonomie ne soit appliquée, et naturellement avant que le plébiscite n'ait eu lieu. La pacification de la Presqu'île Balcanique doit être fondée sur des bases qui excluent tout prétexte justifiable pour une guerre entre les Etats balcaniques. Or, une pareille pacification n'est possible qu'aux conditions exposées plus haut. Du moins, c'est ma conviction profonde.

 

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La Bulgarie est un petit Etat. Elle ne peut pas se permettre le luxe : ni de rêver d'un impérialisme quelconque ou d'une hégémonie sur la Presqu'île Balcanique, ni de vouloir achever son union politico-nationale rien que par la force, ni de couvrir ses buts militaires avec la grande phrase, qu'elle combat „pour la liberté et la civilisation du monde”. Pour la Bulgarie l'élément moral dans la politique est obligatoire. Par conséquent, elle doit prouver ses droits inaliénables sur les territoires, ou'elle considère comme bulgares et obtenir de cette façon la sanction morale de tout le monde pour son union. Le présent atlas poursuit précisément ce dernier but.

 

Al'aide, principalement, des avants compétents et d'explorateurs impartiaux, appartennant à presque toutes les grandes nations combattant aujourd'hui, l'atlas établit d'une façon indubitable les droits ethnographiques de la Bulgarie sur la Macédoine, la Dobroudja et la région de Niche. Et ce qui est d'une importance spéciale dans le cas: ces droits ethnographiques de la Bulgarie sont reconnus par les capacités européennes à une époque où la Bulgarie même n'existait pas politiquement pour pouvoir influencer en quoi que ce soit leurs conclusions, et alors que les disputes entre les peuples des Balcans pour la domination politique de ces territoires n'étaient pas encore ouvertes, pour pouvoir supposer un parti pris quelconque des auteurs au profit de qui que ce soit. Heureusement, les explorateurs modernes de la Presqu'île Balcanipue vinrent aussi confirmer ces droits de la Bulgarie sur la Macédoine (quant à la Dobroudja et à la région de Niche, entrées après 1878 dans les frontières politiques de la Roumanie et de la Serbie, il ne pouvait plus en être question). Mais par manque de cartes de ces nouveuax explorateurs qu'on aurait pu reproduire dans cet atlas, nous donnons dans la Bibliographie annexée plus 'oin les titres de leurs oeuvres.

 

D'ailleurs, ce ne sont pas seulement des savants européens qui reconnaissent les droits de la Bulgarie sur la Macédoine, sur la Dobroudja et sur la région de Niche. Comme les lecteurs le verront plus loin dans cet atlas, ces droits de la Bulgarie ont été aussi reconnus par les Etats qui ont dominé dans le passé ces territoires. Ainsi: l'Empire Byzantin qui domina tout le peuple bulgare de 1018 à 1186 le do-

  

XVI

 

 

minait sous le nom politique de Bulgarie — de même comme la Serbie, lors de sa domination de la Macédoine (1330—1371), ses rois ajoutèrent à leur titre royal aussi les mots „roi des Bulgares”. La Turquie, qui domina la Bulgarie pendant cinq siècles entiers, reconnut plus d'une fois ces territoires comme bulgares; et en 1870 elle les reconnut comme tels dans un acte sollen-nel — le Firman de l'institution de l'Exarchat Bulgare. Enfin, toutes les Grandes Puissances reconnurent ces droits de la Bulgarie dans leur Conférence de Constantinople en 1876—1877. (Voir: carte 32 — pages 57-58).

 

A quel autre peuple de Balcans furent reconnus des droits sur ces territoires d'une manière si autoritaire et si unanime?

 

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De cet atlas les lecteurs apprendront encore maints faits intéressants qui compléteront leurs connaissances sur la Pres-qu'il Balcanique.

 

Par exemple:

 

Que la Valachie actuelle a été dominée par la Bulgarie pendant 90 ans (805-895).

 

Que la capitale actuelle serbe Belgrade a été conquise par le roi bulgare Kroum au commencement du IXe siècle, quand elle portait encore le nom de Singidunum. A cette époque fut conquise aussi toute la province de la Morava. Et en 828—829 la Bulgarie conquérit encor la province de Srèm (Sirmium) entre les fleuves la Sava, la Drava et le Danube et consolida définitivement son pouvoir sur la capitale serbe qui depuis lors prit le nom actuel de Belgrade. La domination de Belgrade par les Bulgares dura jusqu'en 1019, lorsqu'elle fut conquérie par les Byzantins avec la province de Srèm et celle de la Morava; mais sous le rapport ecclésiastique Belgrade et ces deux provinces continuèrent à rester sous la domination du Patriarchat bulgare d'Ochrida. Pour la seconde fois, Belgrade tomba sous la domination bulgare au commencement du XIIIe siècle et resta dans des mains bulgares jusqu'à 1353 lors de sa conquête par le roi serbe Douchan. De sorte que la capitale serbe, ainsi que les provinces de la Morava et de Srèm ont été environ 250 ans sous la domination de la Bulgarie.

 

Que l'Albanie méridionale et une partie de l'Epire septentrional passèrent sous la domination bulgare à l'époque du tzar Siméon selon le traité de 904, lorsque la Bulgarie sortait sur l'Adriatique au Sud de la ville de Durazzo jusque la petite ville de Boutriito inclusivement; tandis qu'a l'époque du tzar Samuel toute l'Albanie faisait partie de l'Etat bulgare et resta sous la domination bulgare jusqu'à la chute du Royaume bulgare d'Ouest. Pendant le second Royaume bulgare, l'Albanie tomba de nouveau sous la domination de la Bulgarie en 1230 à l'époque du roi Ivan Assèn II et resta bulgare jusqu'en 1246 lors que le despote d'Epire Michel 11 la réunit à ses domination. Etc. etc. etc.

 

Comme le lecteur le voit: la Bulgarie a dominé dans le passé la Valachie — pendant 90 années, la moitié de la Serbie avec sa capitale Belgrade — environ 250 ans et l'Albanie — à peu près 200 ans. Mais aucun Bulgare n'a eu encore l'idée de réclamer des droits historiques sur tous ces territoires — comme le font les Serbes avec la Macédoine qu'ils n'ont

 

XVII

  

 

dominé que 40 ans, et encore comme territoire bulgare ...

 

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Afin de donner à cet atlas un caractère scientifique, sa partie ethnographique fut confiée au professeur de géographie à l'Université de Sofia A. Ischirkoff, et sa partie histori que au professeur d'histoire à la même Universite V. Zlatarsky — deux noms bien connus dans la science tant pour leur érudition scientifique, que par leur rare objectivité. Le professeur Zlatarsky lui-même dessina aussi ses 9 cartes historiques de la Bulgarie (6—14) qui reproduisent la pleine évolution historique du premier et second Royaumes bulgares, pendant que le professeur Ischirkoff prépara la carte de l'Exarchat bulgare (31) et celle de la Bulgarie d'après le rapport du Prince Tcherkasky (33). Les cartes ont été exécutées sous la surveillance du Capitaine Armand Odlé, le chef technique de la section cartographique à l'Etat-Major Général de Prusse. On ne peut ne pas regretter que, par manque de temps, les cartes historiques du Professeur Zlatarsky ont du être tracées sur une carte contemporaine. Mais cela ne diminue pas leur valeur scientifique.

 

Berlin, Décembre 1917.

 

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